Une France moderne a besoin de ses départements

Une tribune de Dominique Dupilet, président du Conseil Général du Département du Pas-de-Calais.

Le Président de la République a décidé de lancer une vaste réforme territoriale. Depuis la publication du rapport Attali, le département semble menacé. Néanmoins, défendre le département, ce n’est pas faire preuve de corporatisme, il s’agit bien d’une question d’intérêt général.

Le Président de la République l’a affirmé lors de son discours de Toulon : « moins d’échelons, c’est moins de dépense ». Néanmoins, je pense que supprimer un échelon ne supprimera pas les besoins. En effet, les besoins exprimés par nos concitoyens, tant en termes de solidarité, de développement durable que d’aménagement du territoire, ne s’éteindront pas avec la suppression d’un échelon territorial. Or un service public moderne se doit d’abord de parvenir à un équilibre entre les besoins exprimés par les populations et les contraintes économiques et budgétaires. Alors que la crise économique qui s’annonce risque d’être dure, les citoyens auront besoin d’une collectivité territoriale qui ne sera pas seulement proche d’eux, mais qui sera à leur côté.

Le département fait vivre la proximité
La proximité : elle est convoquée en appui de toutes les réformes administratives, y compris celles comme la RGPP aujourd’hui, qui conduisent à un déménagement des territoires par l’Etat. La proximité doit cesser d’être proclamée pour être vécue. Ce sont toutes les collectivités territoriales qui font vivre cette proximité en démontrant par la preuve ce qu’est la solidarité, ce qu’est le service public, ce qu’est le travail d’élus enracinés dans leurs territoires et au contact permanent des habitants. Le contraste avec un Etat de moins en moins présent au niveau local, et de plus en plus distant, indifférent et autoritaire au niveau national, est saisissant !

Le département fait vivre cette proximité, auprès des habitants, mais aussi auprès des EPCI, des communes et des associations. A l’heure de la métropolisation, le département apparaît comme un cadre d’action d’équilibre pour bon nombre de territoires mis à l’écart des dynamiques des grandes agglomérations et qui ne peuvent attendre de retirer les bénéfices du développement dans 10, 20 ou 30 ans.
Combien d’équipements publics, combien d’investissements locaux d’avenir, combien d’évènements si précieux en ces temps d’individualisme existeraient s’ils devaient passer à la moulinette administrative de collectivités distantes ou étranglées financièrement ?

Supprimer les départements, ce n’est pas un progrès !
Ne nous trompons pas, si Nicolas Sarkozy souhaite faire des économies, il ne se contentera pas de supprimer les assemblées départementales qui représentent bien peu au final dans le coût des départements pour les contribuables, mais il s’attaquera aussi aux projets qu’elles financent.
Dans un contexte d’asphyxie financière des collectivités territoriales, supprimer les départements, c’est faire des économies de bouts de chandelle.
Ce n’est en aucun cas clarifier les compétences, ni donner un nouveau souffle à la décentralisation, c’est tout simplement essayer de trouver une réponse simpliste à un problème complexe, celui de la situation financière des collectivités locales !

Supprimer les départements, enfin, c’est revenir sur l’esprit de la décentralisation. En effet, la décentralisation voulue par François Mitterrand et mise en œuvre par Pierre Mauroy et Gaston Defferre, était une réforme de démocratisation de l’administration. Supprimer un échelon, c’est se débarrasser d’une occasion pour les citoyens de s’exprimer sur le fonctionnement des services publics. Ce foisonnement de démocratie, cette plus forte implication des citoyens dans le fonctionnement du service public, cette création de corps intermédiaires, a fait respirer la République. Aujourd’hui, semble venu le temps de l’étouffement des oppositions, des contestations et des alternatives. Ce n’est pas un progrès !

Au carrefour des dynamiques territoriales urbaines et rurales, impliqués dans l’intégration européenne autant que confrontés aux effets de la mondialisation, premiers soutiens des habitants dans à une société plus violente et plus inégalitaire au quotidien autant qu’acteurs de l’avenir, les départements inventent un service public durable, innovant et moderne.

Dominique Dupilet
Président du Conseil Général Département
du Pas-de-Calais

Partager et découvrir :
  • Digg
  • del.icio.us
  • Technorati

Leave a Reply

FireStats icon Powered by FireStats